Entretien avec Jean-Paul Ly, acteur du nouveau film d’action Jailbreak

Jean Paul Ly

Une des bonnes résolutions 2017 d’Anvaya : reprendre les interviews ! Nous commençons l’année avec Jean-Paul Ly, à l’affiche de Jailbreak.
Bande annonce ici

Bonjour Jean-Paul, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Jean-Paul Ly, acteur et cascadeur professionnel depuis Juin 2013.
Je suis né à Lyon 7 avec des origines sino-cambodgiennes, et je réside actuellement à Londres. Je pratique les arts martiaux depuis l’âge de 5 ans. Je suis également membre de l’Identity Drama School & Agency London.

Aujourd’hui tu es à l’affiche de Jailbreak, peux-tu nous parler de cette aventure ?

Jailbreak a été un projet qui me tenait à cœur : d’abord parce c’est le 1er gros film d’action du cinéma cambodgien, c’est un évènement historique. Le challenge et la symbolique m’ont tout de suite attiré, c’était un projet ambitieux, un premier dans son genre.

En 2014, Loy Te (le producteur) m’a contacté et je suis venu au Cambodge pour rencontrer la production pendant un court séjour. J’ai ainsi pu discuter avec Jimmy Henderson (le réalisateur) et Dara Our, le leader de la Bokator Stunt Team. Suite à ces rencontres, nous en sommes venus à étudier une éventuelle participation. Le tournage devait se faire en Décembre 2015 mais je venais tout juste d’accepter un contrat sur un film Marvel (Doctor Strange) à Londres, qui décala le tournage jusqu’en Juin 2016.

Le tournage de Jail Break fut donc rude mais c’est inhérent à toute production liée au cinéma d’action : beaucoup de bleus, de coups mais au final,  aucun blessé, ce qui est une réussite en soi ! La dure tâche a été d’être responsable de la sécurité de tous, de s’assurer que  les prises soient bonnes, le travail des angles de camera adéquats, de créer et de préparer les combats, d’entrainer les acteurs et l’équipe de cascadeurs, enfin d’entrainer plus de 70 figurants à devenir cascadeurs en l’espace d’un mois et demi, et en plus jouer les scènes… Cela fut difficile mais ce travail a fini par payer.

Concernant l’action, le défi était de mettre en avant le Bokator dans un film d’arts martiaux, de dévoiler pour la première fois la beauté d’un art méconnu. Nous avons pu mélanger différents styles d’arts martiaux pour en faire un ensemble homogène satisfaisant. L’équipe de cascadeurs dirigée par Jammy Chhun (coordinateur en cascades) a fait un excellent travail et ils n’ont rien à envier aux cascadeurs européens. J’éprouve énormément de respect à leur égard.

Je me rappelle d’une anecdote mémorable: je suis arrivé avec un sac rempli de protections pour tous les cascadeurs et acteurs du film, que nous utilisons pour les cascades dangereuses, et il s’est avéré qu’il n’y en avait pas assez lors d’une prise assez longue.
J’ai alors vu l’équipe de Bokator s’entraider, découper aux ciseaux des boites en carton pour s’en servir comme plastrons, rouler des journaux et magazines pour les glisser dans les manches de leurs vestes pour protéger leurs coudes… C’était incroyable. Leur niveau d’engagement et leur passion m’ont tout simplement ébahi, et cela est une histoire parmi tant d’autres !

Jailbreak fut une superbe aventure humaine et professionnelle, la plus difficile de ma carrière à ce jour mais aussi la plus symbolique, car c’est un projet pour le Cambodge, dans mon humble contribution pour notre culture et j’espère, pour l’avènement d’une pop culture cambodgienne !

Je remercie encore les producteurs Loy Te et Michael Chai, ainsi que Jimmy Henderson le réalisateur, d’avoir cru en ce projet et de lui avoir donné vie.

Nous avons vu que tu habitais à Londres, quel est ta relation avec le Cambodge ?

Oui je réside à Londres actuellement, car la plupart de mon travail est basé ici.
(Ma relation avec le Cambodge dans la réponse plus bas)

 Comment as-tu connu Anvaya ?

 J’ai connu Anvaya par le biais de mes cousines Christine Ly et Khemanita Sok, et j’ai pu assister à l’une de vos rencontres juste avant le tournage de Jailbreak à Phnom Penh ! L’accueil fut chaleureux, et je fus très heureux de voir autant de franco-cambodgiens actifs pour le pays, c’est très encourageant.

Que représente pour toi le retour au Cambodge ?

Comme la plupart des jeunes issus de la diaspora, mes parents ont vécu cette terrible guerre et sont arrivés en France. Ils m’ont dès lors toujours conté leurs histoires et expériences, ce qui prodigua une aura très mystérieuse autour du pays, qui me semblait inconnu et abstrait malgré tout.

En 2011, je suis parti vivre au Cambodge pendant 2 ans et demi, lorsque je travaillais en marketing pour une entreprise de distribution française dans l’industrie pharmaceutique, ce qui m’a permis de découvrir notre culture de manière très pragmatique. Les fameuses histoires de mes parents ont alors pris vie et cela m’a permis d’en découvrir plus sur moi-même, ce qui fut une expérience très enrichissante.

Lorsque j’ai décidé de devenir acteur, je suis parti vivre à Londres, j’ai commencé ma carrière, et je suis retourné au Cambodge pour tourner Jailbreak. Je savais que c’était important pour mes parents, mon père notamment, de travailler sur un projet qui pourrait marquer l’histoire du pays dans le domaine des arts.

Pendant le tournage, je me rappelle avoir rencontré des jeunes étudiants cambodgiens qui venaient me demander des conseils pour “réussir dans la vie”, ce qui est évidemment très abstrait!
Ma réponse a été “d’aller à l’école, de poursuivre des études, d’avoir un rêve et de travailler dur pour y arriver, de chercher l’excellence dans tout ce qu’ils entreprennent, tout en étant présent pour leur famille”. Cela parait très idéaliste mais c’est ce que j’essaie d’accomplir tous les jours, grâce aux enseignements de mon père.

C’est un retour au pays mais aussi quelque chose que je peux donner pour mon pays, symboliquement sous la forme d’un film comme Jailbreak, qui est bien plus qu’un simple film d’action ; pour les jeunes de se dépasser, et de manière plus personnelle, ce film est dédié à mes parents, en espérant qu’ils en soient fiers !

Conseillerais-tu à quelqu’un de revenir ?

Bien sûr ! Je sais pertinemment qu’il y a un très grand nombre de Cambodgiens issus de la diaspora qui s’interrogent sur ce qu’est aujourd’hui notre pays d’origine. Ayant moi-même fait le “grand saut” je peux vous assurer que cela vous en sera bénéfique humainement parlant. Le Cambodge est exceptionnel et il faut le vivre, c’est l’expérience d’une vie.

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